Archive for the ‘LRU’ Category

http://www.lasouffranceautravail.ouvaton.org/

décembre 8, 2009

http://www.lasouffranceautravail.ouvaton.org/

est un blog qui  a pour objet « de recueillir les témoignages anonymes (ou non) des personnels vivant ou rencontrant une souffrance au travail : harcèlement, mise au placard, pressions hiérarchiques, perte de sens de son travail, …  » dont l’  » objectif est d’exposer au public ces témoignages pour rompre les isolements et construire une solidarité pour contrer les causes de ces souffrances, ni petites ni grandes, mais réelles. »

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DU MANAGEMENT PARTICIPATIF A LA REPRESSION JUDICIAIRE OU : DE LA DESHUMANISATION DES RAPPORTS SOCIAUX

novembre 18, 2009

Un magasinier des bibliothèques (Paris 6) découvre dans les containaires-poubelles de sa faculté des chaises. Un vingtaine.

Il les récupère. Comme beaucoup de personnels de la communauté universitaire (du biatoss au chercheur en passant par l’enseignant-chercheur) l’auraient ou l’ont fait, comme nous en avons de très nombreux témoignages. Bref, rien que de très ordinaire.
Ce qui l’est moins est la suite : pendant les congés de la Toussaint qu’il a pris pour s’occuper de ses enfants en vacances scolaires, il est convoqué au commissariat où on lui dit :
– qu’à la demande du service juridique de l’UPMC le parquet a été saisi
– que le procureur de la république a alerté les services de police pour notification d’un « rappel à la loi par officier de police judiciaire ». Celui-ci informe « l’interressé que ce magistrat a décidé de ne pas donner de suite judiciaire à la présente procédure, à la condition qu’il ne commette pas une autre infraction, et ce, pendant un délai de trois ans, qu’à défaut, il sera poursuivi devant le tribunal ».
Il lui est dit dans le même temps qu’il aurait pu être mis en garde à vue dans le cadre de cette procédure.
FO Paris 6 tient à dire qu’en d’autres temps sa hiérarchie l’aurait convoqué et vu :
– pour lui demander s’il était l’auteur de ces faits
– pour lui demander de s’en expliquer, voire de lui permettre construire sa défense et d’alerter les syndicats
– pour se faire « remonter les bretelles » si les instances concernées le trouvaient coupable
– pour l’avertir que les choses n’en resteraient pas là et qu’il y aurait des suites.
Dans tous les cas, nous aurions été là dans une gestion normale et humaine de cette « affaire ».
RIEN DE TOUT CELA N’A ETE FAIT.
C’était d’autres temps. Avant la LRU.

Questionnaire « précaires »

octobre 20, 2009

Pour que les précaires de l’enseignement supérieur et de la recherche publique sortent de l’invisibilité, un questionnaire (anonyme) destiné à recueillir leurs conditions de travail est à remplir en ligne à l’adresse suivante : http://www.precarite-esr.org

Ce questionnaire vise toutes les personnes qui, dans un statut précaire, travaillent pour l’enseignement supérieur et la recherche publique (ESRP) que ce soit dans des fonctions de chercheur-e-s ou de personnels administratifs ou techniques, et ce dans toutes les disciplines et tous les secteurs de l’ESRP. Le remplissage du questionnaire prend moins de 10 minutes et couvre à la fois la question des rémunérations (y compris bien sûr le travail gratuit), les conditions de travail et les relations avec les autres acteurs de l’ESRP.

Ce questionnaire a été d’abord construit et administré sur le site CNRS Pouchet (Paris), au printemps dernier. Il est à présent porté à un niveau national par l’intersyndicale ainsi que SLR et SLU.

Il est très important que cette consultation recueille un maximum de réponses dans le but d’avoir une image la plus précise possible de la précarité et d’établir un cahier revendicatif à l’adresse du gouvernement. A diffuser largement

.

Les personnels BIATOSS en lutte aux cotés des enseignants, des chercheurs et des étudiants ! Pourquoi ?

mai 18, 2009

À l’origine du conflit

La Révision générale des politiques publiques (RGPP), a été lancée officiellement en juillet 2007 avec près de 400 mesures censées assurer 7,7 milliards d’économie à l’horizon 2011. En recentrant l’État autour de ses fonctions régaliennes (justice, sécurité, immigration, et la soi-disant protection des plus faibles avec le RSA), l’objectif est de diluer peu à peu l’administration classique dans une constellation d’agences semi-autonomes. Pierre angulaire du plan : le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Déjà 22900 postes supprimés en 2008, et 30600 programmés pour l’année 2009…

Cette politique de refonte de la fonction publique touche déjà la Recherche publique, l’offre de soins en milieu hospitalier, les transports, la Poste, l’enseignement… La loi dite LRU – Liberté et Responsabilité des Universités, intitulé révélateur – découle directement de la RGPP. Bien au-delà des universités, l’idée de cette vaste réforme structurelle est d’accroître le champ des activités du secteur privé dans des domaines relevant aujourd’hui de l’État : sous couvert des vertueux concepts de liberté, de responsabilité et d’autonomie, le gouvernement introduit en réalité une logique économique, d’ordinaire appliquée aux marchandises, aux services publics qui jusqu’à présent reposaient sur le principe d’égalité entre les citoyens. La vocation émancipatrice du savoir, par exemple, laisse place à une « économie de la connaissance » au sein de laquelle tout devient flux : personnels, contenus des programmes, filières, etc., autant de variables ajustables en fonction des priorités, impératifs et moyens du moment définis, bien sûr, par le gouvernement.

Autre mesure prévue : le projet de loi relatif à la mobilité et aux parcours professionnels. Il instaure un droit au départ des agents de la Fonction publique vers le privé ou vers une autre administration. En d’autres termes, il permet à une administration de se séparer des agents dont l’emploi est supprimé en cas de restructuration. Le fonctionnaire « privé d’affectation par suite d’une suppression ou d’une modification substantielle de son emploi » est alors placé en « réorientation professionnelle » sans garantie du maintien de son régime indemnitaire. Si le fonctionnaire refuse 3 propositions de postes, il peut être placé en « disponibilité d’office », et ce sans rémunération. Cette disposition remet implicitement en cause la garantie de l’emploi qui constitue un principe fondamental du Statut Général de la Fonction Publique. Belles perspectives !

Quels progrès avons-nous à attendre des suppressions massives d’emplois publics, d’une précarité et d’une flexibilité extrême qui altèreront les conditions de travail et la qualité du service rendu ? Quelles garanties d’impartialité, de neutralité et d’égalité sur le territoire pour les usagers ? Des questions auxquelles il est impératif de répondre rapidement et ensemble : l’urgence et le danger sont là !

En quoi les personnels BIATOSS et ITA sont-ils concernés ? Pourquoi se mobilisent-ils ?

Agents des bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers de service et de santé, nous concourrons directement au service public de l’enseignement supérieur. En toute logique, nous sommes touchés par le vaste plan de réformes, et ce à plusieurs titres :

Montée en flèche de la précarité !

Dans nos rangs, la précarité progresse à grands pas. La tentation est grande de recourir massivement à l’externalisation dont on sait par des exemples déjà multiples qu’elle est loin d’être efficace ni même économique. L’évolution de nos missions et les suppressions de postes nous ont naturellement conduits à supporter des charges de travail de plus en plus lourdes, qu’on tente de pallier par le recours systématique à des personnels non titulaires. De même, le recrutement de moniteurs-étudiants pour des activités de tutorat ou de service en bibliothèques, sous prétexte d’apporter une aide sociale aux plus défavorisés, n’est qu’une façon pour l’État de se dispenser de la création d’emplois statutaires et qualifiés. Le passage à l’autonomie complète – prévu par la loi LRU au plus tard le 1er janvier 2011 pour l’ensemble des universités – n’arrange pas la situation car il induit, notamment, le transfert de la gestion de masse salariale de l’État vers les établissements. Autrement dit, les universités se voient contraintes de gérer leurs ressources humaines : elles sont, d’une part, dans l’obligation de respecter un « plafond d’emplois » correspondant au nombre de personnes que l’établissement est autorisé à rémunérer, et, d’autre part, encouragées à recruter des contractuels (à durée déterminée ou indéterminée) pour occuper des fonctions d’encadrement ou d’exécution.

Concentration des pouvoirs !

Le décret n°2009-207 du 19 février 2009 vide de toute substance le rôle du directeur de bibliothèque universitaire et entérine la fin du budget fléché pour les BU : l’attribution des budgets ne dépend plus du Ministère et n’est plus décidée nationalement, mais localement par les conseils d’administration des universités. Dans un contexte de pénurie, déjà visible, où des priorités devront être définies, comment garantir que le nouveau pouvoir universitaire accorde toute leur place aux ressources documentaires ? Dans la même logique, avec la suppression de la Sous-direction des bibliothèques, actée par le J.O. du 17 mars 2009, le gouvernement fait disparaitre ce relais capital, garant de la filière des bibliothèques et des politiques documentaires nationales.

Des statuts affaiblis !

Dans le cadre de la réforme des statuts, des mesures de fusion de grades ou de corps permettent un alignement sur les statuts les moins protecteurs pour les agents. C’est dans cette perspective que le projet de fusion du corps de magasiniers de bibliothèques avec celui des ITRF avait été inscrit – « par erreur », selon le Ministère – dans le projet de loi de finance 2009.

Mise en concurrence et individualisation par l’évaluation !

Parallèlement, c’est tout un dispositif de rémunération « au mérite », avec mise en concurrence des agents entre eux, qui tend à être mis en place. Au lieu de prôner la coopération entre agents, favorable à un travail d’équipe au service du public, l’État vise des dispositifs d’individualisation des carrières contraires aux principes sur lesquels repose la fonction publique.

Partie prenante du mouvement des universités, nous, personnels BIATOSS réunis en Coordination nationale, avons posé un certain nombre de revendications, dont les principales sont :

– Abrogation de la loi LRU ;

– Maintien et restitution de tous les postes supprimés au budget 2009 ;

– Le retrait du projet de « loi sur la mobilité » des fonctionnaires ; – Mise en place d’un plan pluriannuel de création d’emplois statutaires de la fonction publique d’État ;

– Fin du processus d’externalisation des tâches administratives et techniques ;

– Augmentation uniforme de 300 euros des salaires, aucun salaire en dessous de 1500 euros nets.

Cela dit, nous sommes bien conscients que la dégradation de nos conditions de travail et du service public dont nous sommes les acteurs et les garants trouve sa source dans la RGPP. Pour obtenir l’abrogation de ce dispositif de casse des services publics, seul un mouvement unitaire de l’ensemble des administrations touchées – dont beaucoup sont déjà mobilisées – sera efficace.

Nous appelons donc à la convergence des luttes (enseignement supérieur et recherche, éducation nationale, hôpitaux, ETC. !), qui, au fond, tendent à un but commun : le sauvetage d’un service public de qualité, égalitaire, respectueux de la dignité des personnels et des usagers.

La LRU et le catalogage : exemple vécu

mars 31, 2009

Il y a quelques années, j’ai été catalogueuse au sein de diverses bibliothèques universitaires. J’ai aussi été catalogueuse pour une société privée. Les bibliothécaires la connaissent puisque c’est cette société qui signale, en ligne, toutes les nouvelles parutions. Appelons la E.

De cette façon, j’ai pu comparer le catalogage en secteur public et en secteur privé.

La LRU prévoit une baisse du nombre de postes dans la fonction publique et un recours accru au secteur privé pour tous les savoir-faire bibliothéconomiques, y compris le catalogage.

C’est pourquoi je me suis dit qu’un témoignage sur le poste de catalogueur dans le privé pouvait intéresser certains d’entre nous.

La sous-traitance :

La société E. ne réalise pas elle-même le catalogage des nouveautés : elle sous-traite.

J’ai travaillé quelques mois chez un de ces sous-traitants, à Paris ouest.

Puis j’ai travaillé quelques mois chez un autre de ces sous-traitants, toujours à Paris, dans l’est.

Premier sous-traitant :

Le premier sous-traitant est une société assez importante de conseil et prestations en bibliothéconomie.

Ce sous-traitant avait, à l’époque où j’y travaillais, un contrat exclusif avec E : toutes les notices d’E. venaient de chez ce sous-traitant.

Les catalogueurs étaient embauchés à environ 1500 euros net pour 39 heures de travail hebdomadaire.

Mais le nombre de notices à l’heure ne convenant pas à E., E. a préféré multiplier le nombre de ses sous-traitants et s’adresser à de plus petites sociétés.

Le sous-traitant chez lequel je suis ensuite allé travailler réalise une part importante de son chiffre d’affaires avec E.

Deuxième sous-traitant :

Les catalogueurs sont embauchées en CDI au smic et au 4/5ème, soit 6 heures par jour sur cinq jours, de 8 heures à 14 heures ou de 14 heures à 20 heures, en alternance une semaine sur deux. Le revenu mensuel net était à l’époque, en 2005, de l’ordre de 860 euro nets.

Le recours aux heures supplémentaires est fréquent. Ces heures sont payées avec une majoration de 25%. Ainsi, en travaillant une dizaine d’heures par jour, il était possible de finir le mois à près de 1500 euros nets.

Les conditions de travail :

Chaque catalogueur dispose d’un PC équipé du logiciel de catalogage de la base E ainsi que d’un accès au site Rameau de la BNF. Il prend en charge, au fur et à mesure de leur arrivée, des caisses de livres récents qu’il traite aussi vite que possible.

Le nombre de notices réalisé par heure et par catalogueur est défini par E. Au début de mon contrat, en juin 2005, la production demandée était de quatre notices par heure. Il s’agit de notices bibliographiques complètes incluant un résumé de 250 mots, indexation Dewey et Rameau.

Il est évident qu’un rythme d’une notice par quart d’heure implique une faible qualité. Chaque jour, un certain nombre de notices sont vérifiées par E et chaque semaine, le nombre de fautes commises par chaque catalogueur est remonté par E. à son sous-traitant.

Le poste que j’occupais avait été précédemment occupé par une personne licenciée au bout de quelques semaines, E. jugeant ses performances trop médiocres. Cette personne succédait elle-même à une autre personne licenciée pour les mêmes raisons.

Lors d’une des réunions hebdomadaires entre E. et son sous-traitant, un catalogueur a évoqué le problème de la qualité des notices, expliquant qu’un quart d’heure n’est pas suffisant pour réaliser une notice de qualité. Cette personne a dit sa crainte que la baisse de qualité des notices ne convienne pas aux bibliothécaires, qui se servent de ces notices pour faire leurs acquisitions. E. lui a répondu que son objectif n’était pas la satisfaction des bibliothécaires mais un nombre toujours plus élevé de notices dans la base.

E. a justifié cette faible prise en compte des besoins des bibliothécaires par le fait que les bibliothécaires ne peuvent se passer de la base E. En effet, E. est seule à proposer une bibliographie commerciale courante. On appelle ça, dans le privé, « un marché captif ». Les bibliothécaires sont contraints d’accepter les notices de la base E. même si leur qualité est médiocre. Aucun effort qualitatif ne semblait donc économiquement utile à E.

Conditions particulières : la rentrée littéraire :

En juillet 2005, E. a demandé aux catalogueurs de passer de quatre à cinq notices par heure. En effet, la rentrée littéraire s’annonçait encombrée.

Fin juillet, E. a demandé à son sous-traitant que les catalogueurs ne prennent si possible pas leurs vacances en août, afin d’absorber l’afflux de nouveautés. Cette exigence a créé des tensions au sein de l’équipe, certaines catalogueurs ayant déposé leurs congés depuis longtemps et pris des réservations pour leurs vacances.

Pendant le mois d’août, nous avons eu un certain nombre de questions techniques à poser à E. Nos appels téléphoniques sont restés sans réponse, l’essentiel du personnel d’E. étant en congé.

Il faut savoir que le code du travail ne désigne pas les mois de juillet et août comme des mois privilégiés pour les congés. De même, poser ses congés avec des mois d’avance ne garantit pas qu’ils pourront être pris. Un employeur peut très bien exiger de ses employés, et à n’importe quel moment, qu’ils prennent leurs vacances en dehors des périodes habituelles de congé d’été.

Situations de conflit :

Quand un conflit oppose un catalogueur et son employeur sur un sujet quelconque, quels sont les moyens que peut utiliser l’employeur pour régler le conflit ? Du moins, ceux que j’ai vu employer ?

Le premier d’entre eux est la suppression des heures supplémentaires. Ces heures sont accordées par l’employeur, lequel peut décider de les retirer quand il le souhaite. Le catalogueur passe ainsi de 1500 à moins de 900 euros nets mensuels.

Le second est le licenciement, facilité par le fait qu’une seule offre d’emploi en catalogage entraîne 180 réponses. Du moins, ça a été le cas lors de mon embauche en 2005 : mon CV a été sélectionné parmi 180.

Bien sûr ces décisions, suppression des heures supplémentaires et licenciement, ne viennent pas directement d’E. Elles sont prises par le sous-traitant à la demande d’E., sachant que le sous-traitant pour lequel je travaillais dépendait d’E. pour sa survie économique. Aussi mon employeur se contentait-il de répercuter sans objection les demandes d’E.

J’espère que cette exemple semblera parlant à tous. Cet exemple n’a pas l’ambition d’être représentatif de quoi que ce soit : il s’agit simplement de ce que j’ai pu constater comme relations entre une grosse société en position de monopole, des sous-traitants à faible capacité financière et des employés peu ou pas protégés.

Par Catherine